Quel est le statut du psychiatre en Suisse, à votre avis ?
Dans les cliniques psychiatriques de la Suisse, un psychiatre est considéré et payé comme n'importe quel autre docteur spécialisé. Il y a quant même des médecins (la plupart de la génération plus ancienne) qui ne considèrent pas la psychiatrie un champ nécessaire de médecine, mais elles ne sont pas une majorité. Dans notre clinique il y a 25 résidants, dont hors 40% ne deviendront pas des psychiatres. Les collègues qui vont ouvrir leur cabinet de médicine générale dans quelques années sont venus chez nous parce qu'ils se sont rendu compte de l’importance de la psychiatrie dans la médicine. Ils savent déjà qu'approximativement 30% de leurs cas auront d’implications psychiatriques ou psychosomatiques et ça sera impossible à traiter sans avoir des connaissances dans le domaine de la psychiatrie. Une expérience psychiatrique est également importante dans d'autres domaines tels que la rhéumatologie qui est tout d'abord confrontée avec des douleurs psychosomatiques.
Concernant le revenu, dans la mesure où je sais, les pédiatres semblent les plus mauvais payés en Suisse, puis les psychiatres infantiles et après les psychiatres. Cependant, je considère la psychiatrie une des champs les plus fascinants de la médecine, en raison de la complexité des maladies, de leur évolution aussi bien que leur de mystère.
Pouvez-vous faire une comparaison avec le statut d'un psychiatre en Roumanie ?
Ma soeur - dr.med. Istocescu Adriana - travaille dans une clinique à Suceava en tant que neuropsychiatre pour des enfants. Elle doit consulter environ 28 enfants par jour, selon le contrat qu'elle a avec la compagnie d'assurance. Parfois elle est obligée de voir encore plus parce que quelques mères viennent avec leurs enfants de très loin, de la campagne.
En Suisse si vous avez plus de 10 par jour, ça c’est déjà trop. Je suis obligé d'offrir une demi-heure à chaque patient au moins. Parfois quand je dois rencontrer la famille du patient, les discussions sont complexes et je peux consacrer jusqu'à une heure et demie à un patient. Par conséquent, je ne peux pas consulter plus de huit patients par jour. Je sais que les médecins en Roumanie sont très bien préparés, mais je pense qu'ils sont trop peux et ne parviennent pas faire face aux besoins. Le canton de Zurich a pour 1 million d'habitants 250 psychiatres dans les offices et 6 cliniques psychiatriques avec un total de mille lits. Dans le comté de Suceava pour le même nombre d'habitants il y a seulement 6 spécialistes pour neuropsychiatrie infantile.

Comment combinez-vous votre carrière avec prendre soin de votre fils ?
Mon fils Adrian a presque deux ans. Après sa naissance j'ai eu le congé de maternité de seulement 16 semaines et que j’ai dû reprendre le travail à 100%. Depuis février je travaille seulement 70% dans la clinique et 5-10% dans un bureau privé où je pratique la psychothérapie de comportement. Le reste du temps je le passe à la maison avec Adrian. Mon mari travaille une fois par semaine à la maison « maison bureau » pour passer plus de temps avec notre fils. Une fois par semaine j'apporte Adrian à la garderie de jour dans la clinique où je travaille ainsi il est en contact avec d'autres gosses de son âge. En outre, nous avons à la maison une jeune femme roumaine, qui parle ma langue et prend soin de l'enfant et la maison quand nous ne sommes pas à la maison. J'ai voulu arranger des choses de cette façon pour que mon fils parle le roumain. Je parle seulement roumain avec Adrian. Mon mari, même s’il est suisse, parle le roumain très bien et il souhaite qu'Adrian pourrait communiquer avec ses grands parents roumains en leur propre langue. Parfois il est plutôt dur pour moi ici en Suisse. Les gens ne sont pas habitués pour voir des femmes travailler en principales positions et avoir des gosses en même temps. Si l'enfant est malade et vous n'avez personne pour prendre soin de lui, c'est votre problème, au travail vous devez toujours faire le meilleur que vous pouvez. Quelques situations exceptionnelles peuvent être tolérées, naturellement, mais elles ne doivent pas devenir une habitude, autrement vous obtenez de mauvaises évaluations. Nous connaissons des couples où le mari reste à la maison avec les enfants ou travaille moins que l'épouse, ou d'autres couples où les deux conjoints travaillent à mi-temps et prennent soin de l'enfant. Il y a également très peu appui du gouvernement, malheureusement : les endroits de soin de jour sont insuffisants et chers, le jardin d’enfants prend l’enfant seulement à partir de 5 ans et seulement pour quelques heures par jour.

Comment avez-vous fait le cercle de vos amis ici en Suisse ?
J'ai changé quatre lieux de travail pendant ma spécialisation et j'ai fait des amis. Je me suis faite des amis parmi les amis de mon mari et leurs familles. Certains que j'ai rencontrés à la paroisse orthodoxe chrétienne à Zurich et à d'autres par des amis. Mon mari et moi ont un grand plaisir à organiser des célébrations, pour nos anniversaires et nous invitons même cent personnes, amis, connaissances, Suisses, Roumains et d'autres nationalités. Nous avons de bons rapports avec nos voisins. Nous nous réunissons parfois pour un barbecue ou un café. J'essaye d'adapter la mentalité roumaine à la rigidité suisse.

Y a-t-il de la rigidité ?
Oui. Tout est très organisé. Vous ne pouvez pas inviter quelqu'un chez vous d'un jour à l'autre. Les gens ne viennent pas pour frapper à la porte et pour dire « venez prendre un café chez moi ». Au début les suisses sont très méfiants et réservés. Souvent quand j'approche quelqu'un - puisque j'ai un caractère ouvert et spontané - je me sens presque comment cette personne se demande « Qu’est-ce-elle veut réellement de moi? » En plus, il y a tant de règles à observer : tout le recyclage du carton, papier, verre, ordures. Au début j'ai été exaspéré mais maintenant je les trouve très normales et je deviens nerveuse quand je vois que dans d'autres endroits les règles n’existent pas. En fait, c'est une question d’éducation et d’habitude.

Où est "à la maison" pour vous ?
Ici et en Roumanie... même en Grèce, quand je rends visite à ma soeur (après mes études j'ai vécu plusieurs mois chez ma soeur en Crète, elle est dermatologue et habite à Chania). Partout où j'ai de la famille et des amis je peux dire que je me sens "internationalement à la maison".

Merci beaucoup pour l’interview.


Alina Mondini, Zurich
Traduit par Delia Agape, Fribourg


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